Notre Chef de Choeur

Erich Vogt, Allemand installé en France, dirige « Why Note » et « Blue Note » depuis leur création, à son initiative, en 1987. Professeur en Allemagne, il enseigne depuis longtemps la musique aux enfants.

Après des cours de piano classique pendant sa jeunesse, Erich, qui a participé comme musicien amateur à plusieurs groupes, chante depuis 25 ans dans des formations lyriques (oratorios, opéra, oeuvres pour chœur de chambre). Il est aussi un autodidacte passionné dans le répertoire « non classique » et participe régulièrement aux rencontres chorales européennes « Europacantat ».

Formé à la direction de chœurs par Werner Pfaff à l'Ecole de musique de Lahr, ainsi qu'au contact de grands chefs tels que Wolfgang Seeliger (Darmstadt), Harold Lenselink (Pays-Bas) ou Hugues Reiner (Paris), il dirige également aujourd'hui le chœur Florijazz à Guebwiller. Enfin il anime des ateliers « jazz vocal » au centre d'art polyphonique d'Alsace (CAPA) de Munster.

L'interview
d'Erich VOGT

- Vous dirigez des chorales « jazz » et « gospel », pourtant vous chantez aussi des airs d'opéra dans un autre ensemble vocal. N'est-ce pas paradoxal ?

- Je revendique des goûts éclectiques et je m'interdis tout préjugé face aux différents styles de musique. J'aime beaucoup le classique, tout comme le non-classique ; simplement si j'ai choisi de diriger des chœurs en « non-classique » c'est parce que, à mon avis, c'est là que je peux apporter le meilleur de moi-même, que je peux arriver au résultat le plus authentique.

- Authentique, c'est-à-dire ?

- Pour bien interpréter du jazz et du gospel, il faut en comprendre l'esprit, il faut y croire. C'est cette authenticité que j'essaye de faire exprimer par les choristes que je dirige. Lorsqu'ils chantent, en anglais, « Seigneur Jésus, écoute nos prières », ils doivent se laisser pénétrer par ces mots. Chanter juste n'est pas tout, il faut aussi chanter avec son cœur.

- Le gospel, c'est avant tout une musique religieuse ?

- Bien sûr, mais pas seulement. C'est le chant d'une détresse, celle des esclaves noirs des Etats-Unis, au XIXe siècle. Dans leur malheur, ils se tournaient vers Dieu comme dernier recours. Ce qui est frappant également, c'est que cette musique était issue d'un métissage : les Noirs ont transformé les cantiques des Blancs pour en faire des gospels. De même, la salsa est issue du mariage entre l'univers musical des Noirs d'Amérique latine et celui des Espagnols, et le jazz est une musique de Noirs que se sont ensuite appropriée les Blancs.

- Un choeur franco-allemand, c'est aussi une forme de métissage ?

- Oui, ou de rencontre, en tout cas. Moi qui suis un Allemand installé en France, je me dis que, après tout ce qui s'est passé entre nos deux peuples, nous devons essayer d'envisager l'avenir sous un autre jour. Alors pourquoi pas de façon originale : en chantant.


Propos recueillis par Arnaud Bouvier